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Le but que se propose d'atteindre le Gouvernement, l'établissement d'un protectorat effectif au Tonkin, avons-nous le droit de le poursuivre, et dans quelle mesure?
Avons-nous intérêt à le faire?
Les moyens qu'il est nécessaire de mettre en œuvre pour aboutir à ce résultat sont-ils en rapport avec la grandeur ou l'utilité de ce résultat?
C'est ce qui reste à examiner brièvement.
Il eût été utile peut-être avant d'examiner quelle est la situation de la France au Tonkin, de dire quelques mots de ce beau pays. Ce que nous en avons dit déjà suffirait à démontrer sa richesse, son admirable fertilité. L'industrie des habitants, entravée sans cesse par les prohibitions des Annamites, reprendra bien vite son ancien essor. Le commerce, si réduit aujourd'hui, redeviendra prospère; en exportation, en importation il peut atteindre un chiffre élevé. Le transit du Yunan par le fleuve est presque anihilé, alors qu'autrefois il fut considérable. Il suffit de jeter les yeux sur la carte, pour acquérir la conviction que la voie du fleuve Rouge sera la plus suivie, parce qu'elle est la plus courte et la plus directe. Mais il faut la débarrasser des pirates et des pavillons noirs; il faut supprimer les nombreuses lignes de douanes où des mandarins plus ou moins authentiques, des chefs de bande, des malandrins, des pillards, perçoivent sur les marchandises des droits exorbitants, lorsqu'ils ne s'approprient pas bateaux et marchandises. Le commerce, qui sait toujours trouver son véritable intérêt, reviendra bien vite à la voie la plus avantageuse, lorsqu'elle sera sûre.
Les Anglais ont depuis longtemps compris l'importance de ce trafic. Ils ont cherché par le Brahmapoutre, par l'Iraouaddy, par la Salouen, à pénétrer jusqu'au Yunan. L'obstination britannique s'est heurtée aux obstacles gigantesques opposés à ses entreprises par les immenses contreforts de l'Himalaya, par ces montagnes les plus élevées du globe, où de grands fleuves coulent furieux au fond de précipices insondés, taillés à pic, qui étonnèrent nos compatriotes, lorsque
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N° 1889
sous les ordres de Doudard de Lagrée, ils explorèrent le cours du Mé-Kong. La vallée secondaire du Méï-nam est bien loin de Yunan-phu et de Tali-phu; c'est bien la vallée du fleuve Rouge qui présente la voie la plus courte, la plus directe et la plus facile. Le fleuve est navigable jusqu'à Mang-hao, c'est-à-dire sur une longueur de quatre cents milles environ.
Il ne peut recevoir, comme le Donnaï ou le Mé-Kong, des vaisseaux de haut bord, mais jusqu'à Sontay, au-dessus de Hanoi, on peut faire remonter, en tous temps, des bateaux calant 1 m. 50 c. Avec ce tirant d'eau, la battellerie peut encore avoir une importance très grande, elle peut suffire à un transit considérable. La navigation sur le Yang-Tsée, de Shanghaï à Han-Kaw se fait dans des conditions semblables et les ferry-boat qui circulent sur le fleuve peuvent encore porter des milliers de tonnes.
Le sous-sol du Tonkin et celui des pays voisins, dont le transit passerait nécessairement par le fleuve Rouge, est riche en mines de toutes sortes. Le plomb, le zinc, l'étain, le cuivre, le nickel, l'argent et l'or se montrent fréquemment; les mines de charbon sont nombreuses et tout dernièrement encore M. Fusch, dont la compétence en ces matières est universellement reconnue, constatait des gisements houillers, d'une grande richesse, 4 à 5 millions de tonnes, d'une exploitation facile, le long du golfe du Tonkin. Notre marine marchande, qui a besoin surtout d'un fret assuré, ne trouverait-elle pas là un élément d'activité qui lui permettrait, dans un avenir prochain, de se montrer dans ces parages aussi nombreuse que la marine anglaise ou allemande?
La salubrité du Tonkin est incontestable. Placé entre le 20° et le 23° nord, elle est à la limite de la zone tempérée et de la zone torride. On a, dans des publications intéressées, révoqué en doute le récit de ceux qui, ayant habité le Tonkin affirment que l'européen peut y vivre et y travailler, s'y établir à perpétuelle demeure, y faire souche en un mot. La nature confirme ici, par ses productions, les appréciations de ceux qui pensent que le Tonkin convient à notre race. L'été est
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Le but que se propose d'atteindre le Gouvernement, l'éta- blissement d'un protectorat effectif au Tonkin, avons-nous le droit de le poursuivre, et dans quelle mesure?
Avons-nous intérêt à le faire?
Les moyens qu'il est nécessaire de mettre en œuvre pour aboutir à ce résultat sont-ils en rapport avec la grandeur ou l'utilité de ce résultat?
C'est ce qui reste à examiner brièvement.
Il eût été utile peut-être avant d'examiner quelle est la situation de la France au Tonkin, de dire quelques mots de ce beau pays. Ce que nous en avons dit déjà suffirait à démontrer sa richesse, son admirable fertilité. L'industrie dés habitants, entravée sans cesse par les prohibitions des Annamites, reprendra bien vite son ancien essor. Le 'com- merce, si réduit aujourd'hui, redeviendra prospère; en ex- portation, en importation il peut atteindre un chiffre élevé. Le transit du Yunan par le fleuve est presque anihilé, alors qu'autrefois il fut considérable. Il suffit de jeter les yeux sur la carte, pour acquérir la conviction que la voie du fleuve Rouge sera la plus suivie, parce qu'elle est lap lus courte et la plus directe. Mais il faut la débarrasser des pirates et des pavil- lons noirs; il faut supprimer les nombreuses lignes de douanes où des mandarins plus ou moins authentiques, des chefs de bande, des malandrins, des pillards, perçoivent sur les marchandises des droits exorbitants, lorsqu'ils ne s'ap- proprient pas bateaux et marchandises. Le commerce, qui sait toujours trouver son véritable intérêt, reviendra bien vite à la voie la plus avantageuse, lorqu'elle sera sûre. Les Anglais ont depuis longtemps compris l'importance de ce trafic. Il ont cherché par le Brahmapoutre, par l'iraouaddy, par la Salouen, à pénétrer jusqu'au Yunan. L'obstination britannique s'est heurtée aux obstacles gigantesques opposés à ses entreprises par les immenses contreforts de l'Hyma- laya, par ces montagnes les plus élevées du globe, où de grands fleuves coulent furieux au fond de précipices inson- dés, taillés à pic, qui étonnèrent nos compatriotes, lorsque
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N° 1889
sous les ordres de Doudard de Lagrée, ils explorèrent le cours du Mé-Kong. La vallée secondaire du Méï-nam est bien loin de Yunan-phu et de Tali-phu; c'est bien la vallée du fleuve Rouge qui présente la voie la plus courte, la plus directe et la plus facile. Le fleuve est navigable jusqu'à Mang-hao, c'est- à-dire sur une longueur de quatre cents milles environ.
Il ne peut recevoir, comme le Donnaï ou le Mé-Kong, des vaisseaux de haut bord, mais jusqu'à Sontay, au-dessus de Hanoi, on peut faire remonter, en tous temps, des bateaux calant 1 m. 50. c. Avec ce tirant d'eau, la battellerie peut encore avoir une importance très grande, elle peut suffire à un transit considérable. La navigation sur le Yang-Tsée, de Shanghaï à Han-Kaw se fait dans des conditions sem- blables et les ferry-boat qui circulent sur le fleuve peuvent encore porter des milliers de tonnes.
Le sous-sol du Tonkin et celui des pays voisins, dont le transit passerait nécessairement par le fleuve Rouge, est riche en mines de toutes sortes. Le plomb, le zinc, l'étain, le cuivre, le nikel, l'argent et l'or se montrent fréquemment; les mines de charbon sont nombreuses et tout dernièrement encore M. Fusch, dont la compétence en ces matières est uni- versellement reconnue, constatait des gisements houillers, d'une grande richesse, 4 à 5 millions de tonnes, d'une exploi- tation facile, le long du golfe du Tonkin. Notre marine mar- chande, qui a besoin surtout d'un fret assuré, ne trouverait- elle pas là un élément d'activité qui lui permettrait, dans un avenir prochain, de se montrer dans ces parages aussi nom- breuse que la marine anglaise ou allemande ?
La salubrité du Tonkin est incontestable. Placé entre le 20° et le 23 nord, elle est à la limite de la zone tempérée et de la zône torride. On a, dans des publications intéressées, révoqué en doute le récit de ceux qui, ayant habité le Tonkin affirment qe l'européen peut y vivre et y travailler, s'y établir à perpétuelle demeure, y faire souche en un mot. La nature confirme ici, par ses productions, les appréciations de ceux qui pensent que le Tonkin convient à notre race. L'été est
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